Questions à … Raymond Rakotondrasoa, Directeur de la protection de la diversité biologique
Questions à … Raymond Rakotondrasoa,Directeur de la protection de la diversité biologique
28 November 2005
published by L’Expressde Madagascar
Où en sommes-nous avec la lutte contre les feux de brousse ?
En nous référant aux statistiques officielles des six dernières années, nous pouvons nous réjouir des progrès réalisés. Pour preuve, les surfaces brûlées sont passées de 1 282 189 ha en 1997 à 325 224 ha au 23 novembre 2005. Les sensibilisations menées au niveau communautaire ont, en quelque sorte, produit des effets.
Sur ces 325 224 ha de superficies brûlées figurent 3 047 ha de forêt naturelle, 309 676 ha de “tanety”, 12 497 ha daires de reboisement et 5 ha de défrichement. Dans ce cadre, la province dAntananarivo bat le triste record, avec
249 726 ha de surfaces calcinées, entre janvier et novembre 2005, dont 240 426 ha de “tanety”, 1 447 ha de forêt naturelle et 7 854 de surfaces de reboisement. Elle est suivie par la province dAntsiranana où 44 965 ha de surfaces brûlées ont été signalées. Pour Mahajanga, elles sélèvent à 14 802 ha, contre 13 814 ha à Toliara, 1 404 ha à Toamasina, et 511 ha à Fianarantsoa.
Quels sont les paramètres à lorigine de ce fléau ?
En général, on distingue les feux accidentels des feux intentionnels. Les premiers sont souvent occasionnés par la pratique du “tavy” par les paysans, la fabrication de charbon ou encore le jet des mégots de cigarettes nimporte où. Bref, ils résultent dimprudences.
Par contre, comme leur nom lindique, les seconds résultent dune volonté délibérée de leurs auteurs. En principe, les feux intentionnels constituent le fait des “dahalo”. Ces derniers sont souvent obligés de réduire en cendres la forêt pour effacer leurs traces, lorsqu’ils senfuient avec le troupeau dérobé. Néanmoins, cet acte criminel peut être perpétré par des pyromanes ou des éleveurs voulant renouveler le pâturage de leur bétail.
De quelle manière les stratégies de lutte menées par le ministère de lEnvironnement, des eaux et forêts sorganisent-elles?
Les stratégies daction destinées à éradiquer les feux de brousse sont mises en uvre conformément aux dispositions de la politique nationale forestière. Elles comprennent les luttes préventive et active, lévaluation et la sanction. Dans ce sens, la responsabilisation prend toute son importance.
Concernant la première stratégie, les agents forestiers, en collaboration avec les autorités locales, communales, villageoises, et le fokonolona, mettent en place différentes structures de sensibilisation communautaires, créent des dispositifs antifeu dans certaines zones, dans le cadre de linitiative à résultats rapides (RRI). Lobjectif consiste à protéger la zone boisée en amont de la surface rizicole et daccroître la production. Concernant la lutte active, dans le cas où le feu se déclare, ces agents essayent de mobiliser les communautés de base afin de léteindre. Cest ce qui a été constaté, la semaine dernière, dans la région Haute Matsiatra. Après enquêtes, les auteurs seront sanctionnés.
Quels sont les paramètres qui font obstacles aux actions de lutte contre les feux de brousse ?
La gestion du feu apparaît comme premier obstacle. Ceci étant, Madagascar est vaste alors que les ressources humaines sont loin dêtre suffisantes. En effet, un agent forestier s’occupe de deux à trois districts à la fois. Doù limportance de la contribution du fokonolona, des autorités communales et villageoises.
Par ailleurs, la non communication dinformations en temps réel dessert beaucoup. Certaines personnes en sont indifférentes et accordent peu dimportance au départ du
feu. Or, les dégâts sont souvent énormes.
Au rythme auquel on avance, la vision présidentielle de Durban sera-t-elle atteinte ?
Nous pourrions latteindre si chacun y met du sien. Il faut beaucoup de volonté, de persévérance et de patience pour porter la surface des aires protégées de 1,4 millions ha à 6 millions ha. En outre, un changement radical de mentalité et une responsabilisation de tous les citoyens simposent. Bref, il est primordial de cultiver le patriotisme et le nationalisme. La lutte contre les feux de brousse est
l’affaire de tous.
Propos recueillis par
Henintsoa Andriamiarisoa

