L’arbre dans tous ses états

L’arbre dans tous ses états

1 June 2006

published by www.temoignages.re


MADAGASCAR — Comprendre pour mieux agir : afin de préserver les arbres qui disparaissent chaque année par millions à Madagascar, rien de tel que de faire comprendre aux jeunes, et aux moins jeunes, leur rôle et leur utilité. C’était le thème de la Quinzaine scientifique malgache qui a connu une belleaffluence.

“L’arbre et l’homme” : le thème de la quatrième édition de la Quinzaine scientifique qui s’est déroulée mi-mai dans une dizaine de villes malgaches était d’une actualité… brûlante dans ce pays où 100.000 hectares de forêts disparaissent chaque année sous la hache des bûcherons, la houe des agriculteurs et le feu qui ravage les pentes. “Si nous voulons survivre, il nous faudra bien, avant qu’il ne soit trop tard, restaurer ce que nous avons détruit et saccagé”, a ainsi lancé Aimé Lala Razafinjara, directeur du Centre national de recherches sur l’environnement (CNRE), également président de cette manifestation. Favoriser “une prise de conscience des enjeux de la préservation de l’arbre et des forêts”, comme l’écrit dans le programme des manifestations Alain Le Roy, ambassadeur de France à Madagascar, était donc l’objectif de ces deux semaines. Non pas à coups de slogans, mais en montrant la “diversité des dimensions et des rôles de l’arbre : science, culture, éducation, économie”. Opération réussie, car le public, intéressé par ces thèmes qui le touchent de près dans un pays riche d’arbres rares et d’espèces endémiques, est venu nombreux. Jeunes, étudiants et écoliers, se sont pressés dans les expositions et sur les stands tandis que les scientifiques suivaient les nombreuses conférences données par des spécialistes.

“La science peut bousculer le développement”

PETIT tour à l’Université d’Antananarivo où Éva Randriamasimanana a organisé l’exposition “L’arbre et l’homme”. “Je suis contente de voir que le nombre des visiteurs ne cesse d’augmenter. S’il n’y a eu que 200 visiteurs au premier jour de l’exposition, là au cinquième jour, on est dans les 700 visiteurs”, déclarait-elle souriante.
Ceux-ci ne cachent pas leur satisfaction. Anna, 26 ans, étudiante en physiologie écologique à la faculté des Sciences, avoue : “Cette exposition m’aidera beaucoup dans mes études. Je pense revenir, car je trouve sympa d’avoir des réponses à toutes les questions qui trottent dans ma tête”. Pour elle, il est surprenant de voir côte à côte de grandes sociétés et des organismes qui, au premier abord, n’ont aucun lien entre elles voire poursuivent des objectifs contradictoires. Comme Hazovato qui fabrique des meubles et l’Institut malgache de recherches appliquées (IMRA) qui s’occupe plutôt de pharmacopée et de recherche scientifique. Les visiteurs ont été étonnés d’apprendre que Hazovato mène une politique de conservation de la forêt. “Nous possédons une plantation d’eucalyptus et de bois de pins de 800 ha”, a expliqué son président directeur général, M. Monloup. Un jeune lycéen ne cache pas son soulagement en l’entendant parler : “Moi, je voulais savoir comment ces sociétés de fabrication des meubles s’approvisionnent. Je les condamnais de participer à la déforestation. Là, j’ai la réponse”.
Sur le stand de l’IMRA, les modes de conservation des plantes médicinales ont particulièrement retenu l’intérêt du public : conservation par graine, par plantation ou in vitro. Un chercheur a ainsi expliqué qu’il faut apprendre à la population à conserver non seulement l’arbre, mais aussi tous les organismes qui vivent avec lui, tels les champignons et les bactéries. “À voir les progrès réalisés par l’Institut de feu, le professeur Ratsimamanga (le fondateur de l’IMRA, Ndlr), je pense que la science peut bousculer le développement de Madagascar”, déclare Tovo, un jeune de 14 ans, émerveillé de tout ce qu’il a découvert.

Chercheurs en herbe

Cette Quinzaine scientifique ne s’est pas résumée à des expositions et des conférences de haut niveau. Au Centre culturel Albert Camus d’Antananarivo, les jeunes visiteurs ont été fascinés, non par les géants de la forêt, mais par les bonsaïs, ces arbres nains maintenus grâce à des tailles et un mode particulier de culture.

C’est la curiosité des jeunes et leur intérêt pour la science que cherche à éveiller le projet de Promotion de la culture scientifique et technique (PCST) en organisant des manifestations comme celle-ci dans divers pays d’Afrique. Peut-être Madagascar compte-t-elle grâce à ces deux semaines de nouveaux chercheurs en herbe, car un club scientifique regroupant une vingtaine de jeunes vient d’y être créé. 


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