Le monde commémore le 20e anniversaire de la catastrophe nucléaire de Tchernobyl

Le monde commémore le 20e anniversaire de la catastrophe nucléaire de Tchernobyl

25 April 2006

published by www.actu-environnement.com 


Survenue le 26 avril 1986 dans l’ancienne URSS au nord de l’Ukraine la catastrophe de Tchernobyl est la plus grande catastrophe de l’histoire de l’énergie atomique civile. Retour sur les faits et les conséquences encore débattues à ce jour…

Suite à des essais, le 26 avril 1986, à 1H23, l’explosion du réacteur numéro 4 de la centrale nucléaire ukrainienne de Tchernobyl induit un énorme nuage radioactif au-dessus de l’Europe et de l’URSS, affectant tout particulièrement l’Ukraine, la Biélorussie et la Russie dans lesquels près de 8,4 millions de personnes ont été exposées aux rayonnements.
Le combustible nucléaire va brûler pendant plus de dix jours. Une quantité considérable de radioactivité a alors été libérée dans l’atmosphère, équivalente en produits de fission volatiles à plusieurs bombes du type de celle qui fut lancée sur la ville d’Hiroshima. Les éléments chimiques les plus lourds retombent dans les environs immédiats, notamment le Strontium et le Cérium. Un diamètre de près de 150 000 kilomètres, représentant la moitié de l’Italie, a été contaminé dont 52 000 km2, soit la taille du Danemark, l’ont été très fortement. Quelque 135.000 personnes ont été évacuées des zones les plus polluées mais des millions d’autres ont continué à vivre dans un environnement exposé. À proximité de la centrale, des centaines d’hectares de forêts de pins ont été détruits par les importantes doses d’irradiation. Un périmètre d’interdiction de 50 km de rayon a été instauré et demeure toujours en vigueur autour du site sinistré.
Au moment de l’explosion, les particules plus légères, comme l’Iode et le Césium radioactifs, forment un nuage qui contaminera les trois quarts de l’Europe.

Vingt ans après, les trois pays les plus touchés, particulièrement l’Ukraine, la Biélorussie et la Russie continuent de lutter contre les difficultés sociales, économiques, humanitaires et environnementales résultant de cette catastrophe.
Près de six millions de personnes vivent aujourd’hui encore dans des zones affectées, et les conséquences de la stagnation économique et des retombées sanitaires dans ces régions sont très graves. Dans certaines régions de la Biélorussie, par exemple, le nombre de cas de cancer de la thyroïde chez les enfants a crû de plus de 100%.

Tchernobyl suscite toujours de nombreuses interrogations sur ses effets à long terme. En septembre dernier, dans un rapport de 600 pages intitulé : le legs de Tchernobyl : conséquences sur la santé, l’environnement et socio-économiques, le Forum Tchernobyl, qui regroupe l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), l’OMS, la Biélorussie, l’Ukraine et la Russie rendait ses conclusions en soulevant une grande vague d’indignation. Selon ce rapport, les radiations dégagées par la centrale nucléaire de Tchernobyl après la catastrophe du 26 avril 1986 ont fait 56 morts pour l’instant. Environ 4.000 personnes ont été atteintes d’un cancer de la thyroïde causé par Tchernobyl, mais le taux de guérison a été jusqu’ici de 99%.
Le rapport estimait que si plus de 600.000 personnes ont été largement exposées à la radioactivité, à savoir 200.000 militaires et civils envoyés en urgence, les employés de la centrale, et les habitants des zones voisines, le bilan final avoisinerait finalement 4.000 morts. Un chiffre largement sous-estimé selon de nombreuses organisations.
L’impact psychologique de Tchernobyl est le plus important problème de santé publique causé par l’accident jusqu’ici, a t-on pu lire dans le rapport ! En ce qui concerne l’environnement, le rapport se veut également rassurant. Il explique que l’évaluation scientifique démontre que les niveaux de radiation sont retombés à des niveaux normaux, exception faite de la zone interdite, toujours hautement contaminée de 30 km autour du réacteur, et plusieurs lacs et forêts à l’accès restreint. Toutefois, avec pour objet déclaré de coordonner les efforts internationaux, faire face à l’impact de la catastrophe et augmenter le niveau de sécurité nucléaire en Ukraine, une conférence sur les conséquences de la catastrophe se tient du 24 au 26 avril de cette année à Kiev, avec la participation de hauts responsables de l’Unesco, de l’OMS et de l’AIEA. Les directeurs généraux de l’Agence internationale de l’Energie atomique (AIEA), Mohamed ElBaradei, de l’Unesco, Koïchiro Matsuura, et de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), Lee Jong-wook, sont attendus à cette conférence.

De nombreuses associations écologistes avaient vivement protesté et contesté ces conclusions. Greenpeace avait par exemple jugé que ce rapport était fondé sur des informations contradictoires ainsi que sur des omissions. C’est une honte que l’AIEA étouffe l’impact de l’accident industriel le plus grave de l’histoire de l’humanité, avait déclaré le responsable du nucléaire de Greenpeace International, Jan Van de Putte. Nier les conséquences réelles n’est pas seulement insultant pour les milliers de victimes – à qui l’on assure qu’elles sont malades de stress ou de peur irrationnelle – mais cela conduit aussi à des recommandations dangereuses, à reloger des gens dans des zones contaminées, avait t’il indiqué.

Aujourd’hui de nouvelles estimations officielles ou non revoient le bilan à la hausse et prennent en compte l’ensemble du continent européen soit une population de 570 millions de personnes. Une évaluation du Centre international de recherche sur le cancer (CIRC)*, un organe de l’OMS, évoque 16.000 décès par cancers attribuables à la catastrophe, soit 4 fois plus. Selon le Dr Boyle, Directeur du CIRC, le fardeau de cancer lié à Tchernobyl ne pouvant pas actuellement être mesuré directement, le Groupe de travail a dû utiliser des modèles de prédiction de risque élaborés à partir de l’étude d’autres populations exposées aux rayonnements dans d’autres circonstances, notamment les survivants aux bombardements atomiques au Japon. Le Dr Elisabeth Cardis, Chef du Groupe Rayonnements au CIRC, apporte quelques précisions : d’ici à 2065, les prédictions tirées de ces modèles indiquent qu’environ 16 000 cas de cancer de la thyroïde et 25 000 cas d’autres cancers pourraient être dus aux rayonnements liés à l’accident, et qu’environ 16 000 décès pourraient survenir à la suite de ces cancers.La majorité de ces cancers concerne les populations les plus exposées : près des deux tiers des cas de cancer de la thyroïde et au moins la moitié des autres cancers devraient survenir au Bélarus, en Ukraine et dans les territoires les plus contaminés de la Fédération de Russie, a-t-elle ajouté tout en relativisant : si ces chiffres reflètent la souffrance et le décès d’êtres humains, il ne faut pas oublier toutefois qu’ils représentent une proportion très faible du nombre total de cancers constatés depuis l’accident et attendus à l’avenir en Europe. Ceci est confirmé par nos analyses des tendances temporelles et géographiques de l’incidence et de la mortalité par cancer en Europe depuis l’accident qui ne montrent aucune augmentation qui puisse être clairement imputée à l’accident de Tchernobyl. L’exception en est le cancer de la thyroïde dans les régions les plus contaminées autour du lieu de l’accident dont on a montré, il y a plus de dix ans déjà, qu’il était en augmentation, précise t’elle.
À la demande des Verts du Parlement européen, une autre étude réalisée par deux scientifiques britanniques, Ian Fairlie et David Sumner, fait état de 66.000 décès, soit 15 fois que celle du Forum Tchernobyl. Les plus importantes concentrations de nucléides volatils et de particules de combustible ont été enregistrées en Biélorussie, en Russie et en Ukraine. Mais plus de la moitié de la quantité totale des particules volatiles de Tchernobyl est tombée à l’extérieur de ces pays, indique le rapport. Selon les auteurs de cette étude, 3,9 millions de km2 ont été contaminés à travers toute l’Europe par les retombées de Tchernobyl. Greenpeace, qui se base sur une étude de l’Académie russe des sciences évoque quant à elle 93 000 morts.

Aujourd’hui la radioactivité décroît en surface mais migre verticalement dans le sol pour atteindre les nappes phréatiques. D’autre part, les arbres ayant stockés les composés radioactifs se révèlent une véritable « bombe à retardement » en cas d’incendies de forêt.

Les autorités françaises, on le sait, n’ont pas dit la vérité concernant le nuage de Tchernobyl. ll aura fallu attendre 2003 pour que les autorités nucléaires françaises, en l’occurrence l’Institut de Radioprotection et de Sûreté Nucléaire (IRSN) reconnaissent une contamination nationale comparable à celle de nos voisins européens. L’Institut de veille sanitaire, l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire, l’Autorité de sûreté nucléaire ont publié sur leur site un point d’information actualisé sur l’accident de Tchernobyl et ses conséquences en France.
Selon l’étude de l’Institut de veille sanitaire, si la France connaît une augmentation depuis les années 1970 des cancers de la thyroïde, celle-ci se situerait dans la même moyenne que le reste de l’Europe de l’Ouest et même les Etats-Unis. La répartition géographique de ces cancers ne fait donc officiellement pas apparaître de corrélation avec les retombées de Tchernobyl puisque les Etats-Unis n’ont a priori pas été directement concernés par les retombées de Tchernobyl.
Le Conseil Scientifique de l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN) estime quant à lui dans son rapport**, que la carte des retombées radioactives sur la France à la suite à la catastrophe de Tchernobyl en 1986 ne peut plus être améliorée. La faiblesse des données, la complexité et la variabilité des mécanismes qui concourent au dépôt, rendent injustifiée la poursuite d’efforts tournés vers la reconstitution du passé.
Le Conseil appuie les démarches mises en œuvre par l’IRSN pour déterminer les zones de retombées aux vues des connaissances disponibles à l’époque du lancement des différentes études, en regrettant toutefois que n’aient pas été soulignées autant que nécessaire les incertitudes sur les résultats obtenus. Le Conseil recommande donc pour l’avenir de renforcer la performance statistique des modèles d’interprétation et d’améliorer encore les réseaux de surveillance déployés sur le territoire français.

Se basant sur les chiffres publiés de l’époque variant du simple au mille, l’association Commission de Recherche et d’Information Indépendante sur la Radioactivité fondée en 1986 (CRIIRAD) a quant à elle adressé une lettre ouverte aux cinq ministres de tutelle de l’IRSN, Madame Michèle Alliot-Marie, Monsieur Thierry Breton, Madame Nelly Olin, Monsieur Xavier Bertrand et Monsieur Gilles de Robien leur demandant que soit levé l’interdit sur les bilans établis en mai 1986 par le Service central de protection contre les rayonnements ionisants (SCPRI) et que soit ainsi mis fin à la politique de désinformation et de censure qui perdure en France depuis près de 20 ans.

À l’heure actuelle, on compte sur la planète 440 réacteurs nucléaires civils répartis dans 31 pays, fournissant 16% de l’électricité mondiale. Cette part varie de 2% en Chine à 78% en France, selon l’Association nucléaire mondiale (WNA).
Le nucléaire présente un regain d’intérêt pour les uns puisque dans un contexte d’augmentation de la demande d’énergie et de hausse du prix du baril de pétrole, il garantit la stabilité des approvisionnements en énergie et contribue à maîtriser les émissions de gaz à effet de serre, tandis qu’il soulève la vive opposition des autres. Outre l’aspect du risque d’accident nucléaire comme Tchernobyl en est à l’heure actuel, l’exemple le plus éloquent, les écologistes tiennent à rappeler le danger que représentent des déchets nucléaires, la radioactivité de certains isotopes et éléments se chiffrant en siècles, voire en milliers d’années. En ce sens, le Réseau Sortir du nucléaire a par exemple organisé un rassemblement à proximité de Flamanville (Manche), site de construction d’un réacteur nucléaire de nouvelle génération (EPR) le 15 et 16 avril dernier.
Le réseau a par ailleurs engagé la semaine dernière une « tournée » de sensibilisation en France avec Viatcheslav Kitaev, en qualité de « liquidateur » de Tchernobyl. Aujourd’hui juriste, cet ancien ingénieur contrôleur pour le ministère de l’énergie atomique de l’URSS assiste juridiquement ses semblables envoyés à l’époque à Tchernobyl par le pouvoir en place, pour lutter contre l’incendie de la centrale et tenter d’en limiter les conséquences avec la construction du sarcophage de béton.

Lors du début à Kiev des cérémonies de commémoration du 20e anniversaire, le président ukrainien Viktor Louchtchenko a appelé les pays riches à aider financièrement l’Ukraine à faire face aux conséquences de la catastrophe. 


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