Massacre écologique dans les forêts de Borshi, dans le sud de l’Albanie

Massacre écologique dans les forêts de Borshi, dans le sud de l’Albanie

2 November 2005

published by www.balkans.eu.org


Borshi est une splendide zone touristique du Sud de l’Albanie près de Saranda où la montagne et la mer se rejoignent harmonieusement. Une mer sans fin à ses pieds, Borsh donne l’impression de ne pas avoir changé depuis des millénaires. Un moment, tout semble à sa place, un endroit béni par la beauté de la nature. Le paysage devient moins idyllique après avoir rencontré les habitants des petits villages environnants, qui ne tardent pas à se plaindre du développement commercial qui est en train de détruire l’écosystème de cettezone.

La forêt de Borshi menacée de disparition

Presque tous les flancs de montagne au long de la côte maritime Borsh-Saranda ont été dévastés par le feu. Ce qu’on se plaisait à appeler jadis la rivière albanaise, n’est plus qu’une suite de collines dénudées, où seuls quelques buissons ont été épargnés. Dans la commune de Lukova on apprend que ce sont majoritairement les pâtres qui ont intentionnellement mis le feu pour créer des pâturages pour leurs troupeaux. Cependant, dans les villages de Corraj et Ftere, les habitants affirment inquiets que leurs forêts ne sont pas menacées par les pâtres, mais que leurs arbres, même les plus anciens, sont coupés massivement depuis des années.

Quand on regarde les coteaux, on a l’impression qu’un terrible massacre vient d’avoir lieu. Des arbres brûlés, des troncs coupés attendent leur tour afin d’être chargés à dos de cheval et d’être brûlés. Les habitants affirment que les arbres coupés servent à produire du charbon, sans que personne ne sache la quantité de mètres cubes qui est coupé chaque jour, par les deux compagnies qui exploitent les forêts de cette zone depuis deux ans.

Jani Papadhimitri, un habitant, se plaint du fait que ces compagnies n’ont pas demandé de permission d’exploitation à la commune, ni contacté les habitants, ni épargné les arbres qui appartiennent aux villageois. En sus de ces plaintes, que personne ne semble prendre en compte, les villageois ont envoyé une série de pétitions à la commune de Lukova, où ils demandent l’interruption de l’activité des deux compagnies. La réaction des autorités n’a pas été à la hauteur de leurs attentes.

Fitim Hizma, maire de la commune de Lukova, qui administre les deux villages de Ftere et de Corraj, affirme avoir été mis au courant des abattages massifs et des protestations des villageois. Il a de suite demandé au Bureau du Service Forestier de Saranda de lui transmettre des informations sur l’activité de ces sociétés. La documentation transmise confirme que l’activité de celles-ci est conforme à la législation, puisqu’elles ont obtenu un permis d’exploitation de deux parcelles forestières dans cette zone. Le maire émet cependant des doutes sur la manière dont les sociétés d’exploitation appliquent l’accord signé avec les autorités du Service Forestier.

Selon lui, les sociétés ont été autorisées à couper uniquement les arbres brûlés et les vieux arbres, après marquage des Service Forestier. Selon les habitants, la réalité est tout autre, les employés du Service Forestier n’ont pas été vus dans ces zones. Le maire de la commune affirme qu’« un groupe de travail a été mis en place pour examiner la situation. Les pouvoirs locaux devraient administrer cette richesse naturelle, de manière à ce qu’ils puissent contrôler l’activité de toute société qui aura dans l’avenir le droit d’exploiter des parcelles forestières ». Selon lui, le bureau du Service Forestier à Saranda n’a pas demandé l’avis de la communauté, ce qui est indispensable. « Après la vive réaction des habitants, la situation est sous contrôle. La commune a mis en place une commission qui surveillera l’activité des sociétés, le contrat d’une d’entre elles prendra fin en mars 2006 ».

Les sociétés d’exploitation

Le Service Forestier persiste à affirmer la légitimité de l’activité des sociétés d’exploitation, “VEHO” et “STEJA”, de Gjirokastra. Leurs contrats les limitent à l’exploitation d’une superficie de 96 hectares. Les trois parcelles forestières concernées avaient, par ailleurs, été mises aux enchères par le Service Forestier en août 2004, et le lot emportées à l’époque par la société “VEHO”. L’autre société a commencé son exploitation en mars 2005 pour un an.

Le Bureau Général des Forêts justifie ces enchères par l’état de ces forêts, abîmées par le feu et le vieillissement des arbres. Selon l’inspecteur du Service Forestier, la coupe ne concernait que les vieux arbres et les arbres brûlés. Or, les habitants de la zone, persistent à affirmer que les arbres coupés par les sociétés “VEHO” et “STEJA” sont utilisés pour produire du charbon, pour lequel un tronc brûlé est inutile. Selon un autre inspecteur forestier, ces plaintes sont émises par des habitants auxquels les sociétés en question ont refusé d’acheter le bois coupé.

Cette affaire est loin d’être close, les villageois de Fterre et de Corraj protestent toujours contre l’exploitation massive de leurs forêts mais les autorités locales et les sociétés exploitantes s’en tiennent à leur version et à la légitimité de leur action. En attendant, la forêt s’amenuise…


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